L’auteur soutient que le FT est passé d’un « forum d’élite franc » et du « meilleur de la tradition de libre-pensée britannique » à un « chiffon timide et averse au risque ».
S'il y a un journal qui, à votre avis, serait à l'abri des accusations de « réveil », c'est sûrement le Temps Financier.
Pourtant, selon un article d'opinion publié dans le Télégraphele FT de 138 ans, dont les pages roses sont autant un symbole de la City que les chapeaux melons et les costumes à fines rayures, a succombé aux griffes de la brigade réveillée.
Dans une longue polémique, Isabella Kaminska, ancienne rédactrice en chef du blog marchés et finance du FT Alphavillese présente comme un « témoin oculaire » de la prétendue captation idéologique du journal, une transformation qu’elle dit « ne pas pouvoir supporter ».
En tant qu’ancienne journaliste du FT qui a démissionné en raison de ce qu’elle appelle « la politisation institutionnelle », elle affirme pouvoir « comprendre d’où vient le LSEG ».
L’accusation de « réveil » se dévoile bientôt. Kaminska soutient que le FT est passé d’un « forum d’élite franc » et du « meilleur de la tradition de libre-pensée britannique » à un « chiffon timide et averse au risque », soi-disant peu disposé à publier des idées qui s’inscrivent en dehors de la « ligne de parti dominante ».
Pourtant, elle ne définit jamais de manière convaincante quelle est cette ligne de parti, au-delà du vague sentiment qu’elle est plus socialement libérale, plus globale dans sa vision et moins indulgente envers les positions à contre-courant qui circulaient autrefois confortablement dans les cercles de la City.
Elle attribue ce changement à un modèle économique changeant. Alors que le FT s'adressait autrefois à un lectorat financier restreint et centré sur le Royaume-Uni, il recherche désormais une base d'abonnés mondiale et démographiquement diversifiée. Selon Kaminska, cela exigeait « de la diplomatie, pas de la franchise » dans les lignes éditoriales.
Il semble donc que quel que soit le modèle économique du FT, il fonctionne. Mais on n’en attend sûrement pas moins de la part de l’une des principales agences de presse économique au monde, reconnue internationalement pour son autorité, son intégrité et son exactitude, une approche éditoriale qui lui a valu trois prix lors des Newspaper Awards 2023.
Mais la section la plus notable de la chronique de Kaminska concerne peut-être Covid. L’auteur soutient que la « pire erreur » du FT a été de ne pas avoir réussi à élaborer un contre-argument économique durable aux confinements, mais de s’aligner plutôt sur le consensus officiel. Le fait que la plupart des économistes, des gouvernements et des institutions traditionnels aient soutenu le confinement à l’époque n’est pas considéré comme un contexte important, mais comme une preuve de conformité et de mauvaise conformité.
Kaminska se tourne ensuite vers la culture interne, citant des mémos encourageant le « langage inclusif », l’utilisation de pronoms dans les signatures et les efforts visant à attirer des lectrices. Ceux-ci sont présentés comme des preuves irréfutables. Pourtant, le passage de l’inclusion sur le lieu de travail à la « prise de conscience » éditoriale n’est jamais vraiment expliqué.
Le FT ne s’est pas « réveillé ». Il a simplement cessé de prétendre que les intérêts et les visions du monde d’un public restreint de City sont synonymes d’objectivité.
La chronique n’a pas échappé aux lecteurs. Comme celui posté sur X :
« Hahahahahah, je suis désolé que Kaminska soit la médiocrité la plus ridicule du monde. La plus grande illusion étant l'idée qu'elle a été expulsée à cause de ses opinions (ridicules) sur le confinement dû au Covid (ce que le Royaume-Uni a à peine fait, ce qui le rend encore plus drôle). »
