L’objectif est d’intégrer ceux qui sont déjà intégrés dans la société espagnole dans l’économie formelle, en garantissant qu’ils puissent travailler légalement, contribuer aux impôts et accéder aux protections.
L’Espagne suit une voie sensiblement différente de celle d’une grande partie de l’emprise européenne sur la migration. Le gouvernement a approuvé un programme d'amnistie qui pourrait permettre à jusqu'à 500 000 migrants sans papiers de demander un statut légal, ce que le Premier ministre Pedro Sánchez a décrit à la fois comme « un acte de justice et une nécessité ».
Dans le cadre de ce plan, les candidats retenus recevront un permis de travail et de séjour d'un an. Pour y prétendre, les personnes doivent prouver qu'elles vivent en Espagne depuis au moins cinq mois, qu'elles sont arrivées avant le 1er janvier et qu'elles n'ont pas de casier judiciaire. La politique vise à intégrer ceux qui sont déjà intégrés dans la société espagnole dans l’économie formelle, en garantissant qu’ils puissent travailler légalement, contribuer aux impôts et accéder aux protections.
Cette décision place l’Espagne en porte-à-faux avec de nombreux voisins européens, qui s’efforcent de freiner les arrivées et d’augmenter les expulsions. Pourtant, Sánchez affirme que les migrants sont essentiels à la force économique actuelle de l'Espagne, contribuant à alimenter ce qui est aujourd'hui l'économie à la croissance la plus rapide d'Europe. Avec une population vieillissante et une pression croissante sur les services publics, le pays est confronté à un défi démographique évident, que l’immigration pourrait contribuer à compenser.
Et de plus en plus de preuves viennent étayer ce point de vue. Les recherches de Goldman Sachs montrent que l'économie espagnole se distingue par son secteur des services à plus forte valeur ajoutée et par une dynamique de croissance qui devrait durer plusieurs années.
Leurs économistes ont relevé leurs prévisions pour l’Espagne et s’attendent désormais à une croissance économique de 1,9 % en 2026 et de 1,7 % en 2027, contre des prévisions précédentes de 1,5 % et 1,6 %, respectivement. Cela augmente de 0,1 point de pourcentage la prévision de croissance pour l'année prochaine pour l'ensemble de la zone euro, à 1,2 %.
Filippo Taddei, économiste principal spécialisé dans l'Europe du Sud et la politique européenne au sein de l'équipe d'économie européenne de Goldman Sachs, note à quel point l'économie espagnole est stimulée par l'immigration. Le pays accueille plus de personnes par rapport à la taille de sa population que l'Allemagne, la France ou l'Italie, et le dernier afflux se caractérise par des immigrants dotés de niveaux d'éducation et de compétences professionnelles plus élevés. Cette tendance démographique particulière « pourrait placer l’Espagne sur de meilleures bases » que le reste de l’Europe.
Comme on pouvait s’y attendre, la réaction du public à l’amnistie a été divisée. Les critiques ont fait écho aux clichés anti-immigration familiers, mettant en garde contre « l’autodestruction de l’Europe ». D’autres ont répondu avec soutien, soulignant la logique humaine et économique de cette politique. Comme l’a dit un observateur, accorder un statut légal à des centaines de milliers de personnes représente « un énorme changement vers la stabilité et la dignité pour de nombreuses familles ».
Reste à savoir si cette approche deviendra un modèle pour d’autres ou restera une exception.
