Après des décennies de stagnation économique, les gens veulent que les choses soient différentes, écrit le député Patrick Hurley
Patrick Hurley est le député travailliste de Southport.
Les travaillistes devraient prendre au sérieux le message envoyé par l’électorat lors des élections partielles de Denton et Gorton, mais ce message n’est pas mystérieux. C'est à peu près le même message que les électeurs envoient à Westminster depuis 2016 : « Nous voulons que les choses soient différentes. Nous avons été trop pauvres pendant trop longtemps. Nous voulons que nos conditions matérielles soient meilleures. » Ayant passé onze jours au total en campagne électorale là-bas, j'ai entendu des variations à ce sujet à plusieurs reprises.
Ce message reflète une économie qui n’a pas permis d’améliorer le niveau de vie depuis bien trop longtemps. La Grande-Bretagne a enduré environ dix-huit ans de stagnation économique. Avant la grande crise financière de 2008, la croissance économique était stable et fiable. La productivité a augmenté. Les salaires ont augmenté. Des gouvernements de couleurs politiques différentes opéraient au sein d’une économie qui, bien qu’imparfaite, était fondamentalement en progrès.
Mais depuis 2008, ce n’est plus le cas.
La croissance économique a considérablement ralenti par rapport à la tendance à long terme. Les salaires réels ont stagné pendant une grande partie des années 2010 et n’ont commencé à se redresser que récemment, et même aujourd’hui, de nombreuses familles ne se sentent pas mieux loties. Les services publics ont été mis à rude épreuve par une demande croissante, sans l’expansion économique nécessaire pour les soutenir confortablement.
Cette stagnation prolongée a des conséquences politiques. La Grande-Bretagne est devenue un pays marqué par le pessimisme économique. Une minorité de plus en plus réduite d’électeurs estime que le pays va dans la bonne direction. Un grand nombre de personnes pensent que leurs enfants seront dans une situation pire qu’eux. Même lorsque les principaux indicateurs économiques s’améliorent, la perception du public reste sombre car les gens ne ressentent pas de progrès durables dans leur propre vie.
Les loyautés politiques sont devenues de plus en plus fragiles. De nombreux électeurs considèrent désormais leur soutien aux partis comme conditionnel, prêts à changer s’ils ne constatent pas d’améliorations tangibles. La vieille hypothèse selon laquelle les électeurs resteraient ancrés dans un parti pendant de longues périodes s’est considérablement affaiblie.
Cela explique en partie la volatilité politique de la dernière décennie. En 2016, les électeurs ont soutenu le Brexit, rejetant le statu quo économique et politique. En 2019, nombreux sont ceux qui ont apporté leur soutien à Boris Johnson, y compris dans les communautés qui n’avaient pas voté conservateur depuis des générations, rejetant à nouveau l’ordre ancien. En 2024, les électeurs se sont tournés vers le Parti travailliste avec sa promesse de changement et d’amélioration. Et maintenant, à Denton, les électeurs ont de nouveau choisi d’envoyer le même signal.
Ce ne sont pas les actions d’un électorat irrationnel. Ce sont les actions de personnes qui tentent de trouver une issue à la stagnation économique. Et si nous ne relevons pas le défi, l’électorat lancera à nouveau les dés lors des prochaines élections générales.
Après la crise financière, la Grande-Bretagne n’a pas simplement souffert d’une récession. Il a connu un changement plus profond. Le modèle économique qui avait soutenu une croissance constante avant 2008 a cessé de fonctionner au même rythme. Les gouvernements successifs ont été confrontés à des contraintes plus strictes, à une croissance plus lente et à des compromis plus difficiles. Le résultat fut un sentiment prolongé de dérive.
L’instabilité politique découle naturellement de cette instabilité économique. Lorsque les gouvernements ne parviennent pas à améliorer durablement le niveau de vie, la confiance du public s’affaiblit. La confiance diminue. Les électeurs sont plus disposés à prendre des risques en quête de changement.
Les syndicats doivent reconnaître l’ampleur de ce défi. Il ne suffit pas de gouverner avec compétence dans le cadre d’un modèle économique qui ne produit pas une forte croissance. La compétence est importante, tout comme la stabilité, mais elles doivent s'accompagner de progrès économiques visibles.
La Grande-Bretagne a besoin de niveaux d’investissement plus élevés qu’au cours des dernières décennies. L’investissement public dans les infrastructures, le logement et l’énergie n’est pas un luxe. C’est essentiel si nous voulons améliorer la productivité et soutenir la croissance du secteur privé. De nombreuses régions du pays ont été sous-investies pendant trop longtemps. Cela a affaibli les économies locales et contribué à donner l’impression que les opportunités sont inégalement réparties.
Les investissements publics ont joué un rôle central dans chaque période de succès économique soutenu du Royaume-Uni. La création d’infrastructures modernes, l’expansion du logement et le développement de nouvelles industries ne sont pas le fruit du hasard. Cela s’est produit parce que les gouvernements ont choisi d’agir.
Cette leçon reste d’actualité aujourd’hui. Les investissements dans les liaisons de transport, les énergies propres, l’offre de logements et le développement économique régional peuvent contribuer à débloquer la croissance et à diffuser plus largement les opportunités.
Mais la croissance seule ne suffit pas. Elle doit s'accompagner d'une répartition équitable. Lorsque la croissance est largement partagée, elle renforce l’économie en soutenant la demande des consommateurs et la stabilité sociale. Lorsqu’elle est étroitement concentrée, elle affaiblit la confiance et limite sa propre durabilité.
Les travaillistes ont l’opportunité et la responsabilité de réagir à ce moment. Cela signifie se concentrer sur des politiques susceptibles de stimuler la croissance à long terme et de garantir que ses bénéfices soient largement partagés. Cela signifie investir dans les fondements économiques du pays et dans les lieux où les gens vivent et travaillent. Cela signifie avant tout reconnaître que la stagnation économique n’est pas une fatalité. C’est le résultat de choix, et il peut être résolu par différents choix.
Le résultat de Denton et Gorton doit être compris dans ce contexte. Il ne s’agit pas d’un rejet des valeurs travaillistes. Cela rappelle que les électeurs attendent du progrès ainsi que de la stabilité.
Le travail existe pour améliorer les conditions matérielles des travailleurs. Cela nécessite une croissance économique soutenue, un gouvernement actif et un engagement à garantir que la prospérité soit partagée dans tout le pays. Réaliser ces progrès est essentiel non seulement pour le succès électoral, mais aussi pour la force et la cohésion à long terme du pays lui-même.
