Ce n’est pas une critique politique, c’est une déshumanisation.
Un fluage n'est pas un joli mot. Il évoque quelque chose de miteux, de furtif, de vaguement contaminé, une personne en décalage, non seulement avec la société polie mais avec l'ordre moral lui-même. Ce n'est pas une analyse mais une diffamation en une seule syllabe.
Ainsi, lorsqu’un chroniqueur chevronné d’un journal national qualifie le chef d’un parti politique de « plus grand fluage de la politique britannique », cela mérite plus qu’un sourcil haussé. Il faut un stylo rouge.
C'est précisément ainsi que Sarah Vine a choisi de décrire Zack Polanski, chef du Parti Vert, dans les pages du Courrier quotidien avant l'élection partielle de Gorton et Denton. Le timing n’était pas subtil. L’intention non plus.
Vine s'ouvre sur une tirade familière contre le Premier ministre et son chancelier « financièrement analphabète », plongeant soi-disant la Grande-Bretagne dans un « abîme d'impôts et de dépenses étouffant la croissance ». Le pays, suggère-t-elle, est déjà en train de s’effondrer. Comment, se demande-t-elle, les choses pourraient-elles empirer ?
Entre Polanski, comparé non pas à un politicien imparfait aux idées discutables, mais à un nid de guêpes dans le toit ou à un rat mort sous le plancher – littéralement.
Ce n’est pas une critique politique, c’est une déshumanisation.
L’affaire du « fluage » s’effondre
Après avoir établi la musique d'ambiance, Vine décrit la prétendue duplicité de Polanski. Elle note sa personnalité terre-à-terre, ses aspirations « d’espoir et non de haine », son attrait pour les électeurs plus jeunes et minoritaires, pour ensuite se moquer de tout cela avec un profond sarcasme.
Il y a les coups prévisibles à son apparition. Il y a l'insinuation selon laquelle son identité juive s'accorde mal avec son soutien aux droits des Palestiniens, et le « loup déguisé en agneau » s'abstient.
Mais où sont les preuves d’actes répréhensibles ? De la corruption ? D'abus de pouvoir ?
L’essentiel de la chronique repose sur la campagne électorale partielle de Gorton et Denton de la candidate verte Hannah Spencer. Une vidéo de campagne diffusée en ourdou et destinée aux résidents musulmans pakistanais est présentée comme la preuve d’une sinistre « double personnalité » et d’intentions sectaires. La vidéo critiquait le candidat réformé et faisait référence à Gaza. Vine le qualifie de « propagande nue » conçue pour attiser la peur.
Depuis quand parler aux électeurs dans leur propre langue est-il devenu une preuve de dégénérescence morale ? Depuis quand critiquer un opposant politique est-il considéré comme un comportement particulièrement toxique dans une campagne électorale ?
Les messages de campagne destinés à des communautés spécifiques ne sont ni nouveaux ni intrinsèquement néfastes. C’est en fait une routine, attendue.
Indignation sélective
Pourtant, la panique morale est réservée à un post de solidarité sur le Ramadan et à une vidéo multilingue.
Le commentaire de Spencer selon lequel elle jeûne en solidarité avec les musulmans pendant le Ramadan est présenté comme une démagogie sectaire. On pourrait également l’interpréter comme un geste d’empathie intercommunautaire dans un climat où les musulmans sont régulièrement vilipendés par la presse de droite. Cette possibilité ne reçoit aucun espace d’encre.
L’élément le plus troublant de cette chronique est peut-être son traitement de l’identité juive de Polanski. Vine suggère qu’il l’utilise comme un bouclier lorsqu’il critique Israël parce qu’il « joue bien » avec ses partisans.
Mais que se passe-t-il si un homme politique juif a des opinions sincèrement critiques à l’égard du gouvernement israélien ? Et si ces opinions venaient de la conscience plutôt que de la chorégraphie ?
Réduire l’identité à la stratégie, c’est présumer la mauvaise foi par défaut. C'est un argument qui clôt le débat plutôt que de l'engager.
Au moment où Vine compare Polanski à un narcissique « amoureux » et fait sombrement allusion à son intérêt supposé pour la prostitution, la pornographie et la drogue, l’article s’éloigne de la politique publique et s’enfonce dans la diffamation personnelle. Les électeurs méritent un examen rigoureux des plans économiques, des objectifs environnementaux, des propositions fiscales et des positions de politique étrangère. C'est le travail du journalisme sérieux.
Lorsque le commentaire se transforme en injures et en caricature, la tentation est de répondre à la fureur par la fureur. Mais la politique et le journalisme sont censés être meilleurs que les railleries des terrains de jeu.
En fin de compte, ce n’est pas Polanski qui est diminué par le fait d’être traité de « sale type ». C'est la norme du commentaire lui-même.
