La gestion et la décision finale de l'Ofcom concernant l'enquête représenteront plus qu'un simple changement de propriétaire. Ce sera un test qui permettra de déterminer avec quel sérieux le Royaume-Uni traite la pluralité des médias.
Ainsi, Lisa Nandy a « ouvert la voie à la vente du Telegraph », titrait le Télégraphe cette semaine, après avoir donné l'autorisation pour Courrier quotidien propriétaire Lord Rothermere de franchir une étape cruciale vers son projet de rachat du journal pour 500 millions de livres sterling.
Depuis 2023, le Télégraphe a fonctionné sans propriétaire stable à long terme. Le dernier acheteur proposé, le Courrier quotidien et fiducie générale (DMGT), semblait prêt à consolider encore davantage la presse de droite britannique. Mais aujourd’hui, le gouvernement est intervenu.
L'accord proposé de 500 millions de livres sterling amènerait le Télégraphe quotidien et Télégraphe du dimanche sous le même toit que le Courrier quotidien, Courrier du dimanche, Métroet le je papier.
DMGT contrôle déjà 50,62 % du tirage des quotidiens nationaux britanniques. Le Télégraphe quotidien représente 5,52% supplémentaires. Si elle est approuvée, l'acquisition porterait la part combinée de DMGT à 56,14%, ce qui signifie que plus de la moitié du tirage des quotidiens du pays serait détenu par un seul groupe de médias. Dans un marché déjà dominé par les médias de droite, une telle fusion suscite des inquiétudes évidentes.
La semaine dernière, Nandy a ordonné une enquête réglementaire formelle sur le projet d'acquisition par DMGT du Groupe de médias télégraphiques. Elle a publié un avis d'intervention d'intérêt public, citant des inquiétudes quant au fait que l'accord pourrait affecter la « pluralité d'opinions » dans les médias britanniques.
Dans sa déclaration, Nandy a noté que l'acquisition donnerait à DMGT la possibilité d'aligner les positions éditoriales du Courrier ttitres avec ceux du Télégraphe. Même si l’entreprise affirme qu’elle n’a pas l’intention de fusionner ses lignes éditoriales, la simple capacité de le faire, en particulier au sein de publications qui occupent déjà un territoire politique largement similaire, mérite un examen minutieux.
L'Ofcom et l'Autorité de la concurrence et des marchés évalueront si le rachat pourrait nuire à la concurrence ou réduire la diversité des points de vue du public. Ces organismes sont chargés non seulement d’examiner la part de marché, mais également d’examiner les implications démocratiques plus larges de la concentration de la propriété des médias.
DMGT a déclaré qu'elle restait déterminée à investir dans le Télégraphe et en préservant son indépendance éditoriale.
L’enquête marque le dernier chapitre d’une longue saga de propriété. Le Groupe de médias télégraphiques a été mis en vente en 2023 après l'échec des propriétaires de l'époque, la famille Barclay, à rembourser des dettes de 1,15 milliard de livres sterling auprès du Lloyds Banking Group. Plus tard cette année-là, un consortium soutenu par la famille dirigeante d'Abou Dhabi a cherché à acquérir le groupe, mais l'offre a échoué en raison de préoccupations politiques et réglementaires concernant l'implication d'un État étranger dans un grand journal britannique. Plusieurs tentatives ultérieures pour trouver un acheteur ont également échoué. L'offre de DMGT, acceptée en novembre de l'année dernière, semblait offrir une solution, jusqu'à ce que le gouvernement intervienne.
La gestion et la décision finale de l'Ofcom concernant cette enquête seront plus qu'un simple changement de propriétaire. Ce sera un test qui permettra de déterminer avec quel sérieux le Royaume-Uni traite la pluralité des médias. Surveillez cet espace.
